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Crédits: Kai Pfaffenbach/Reuters

Coupe du monde Qatar 2022 : à quel prix ?

Par Armand Bécasse

Le 2 décembre 2010, Sepp Blatter, ancien président de la FIFA, annonce l’attribution de la Coupe du monde 2022 au Qatar. Une décision qu’il voit aujourd’hui comme « une grande erreur ». L’organisation de cette Coupe du monde est un désastre écologique et humanitaire. Malgré les protestations, le monde du football continue de fermer les yeux, mais à quel prix ?

C’est un rapport d’Amnesty International en 2013 qui tire la sonnette d’alarme sur la situation des travailleurs immigrés au Qatar. « Un niveau alarmant d’exploitation » selon l’ONG. La main d’œuvre immigrée représente 94% de la main d’œuvre total du pays, et celle-ci est maltraitée, réduite au rang d’esclave. Les employeurs contournent le code du travail pour ne pas payer leurs salariés, et pour les bloquer dans le pays sans moyen de partir : « S’il vous plait, aidez-nous, notre entreprise ne nous a pas versé de salaire depuis quatre mois. Nous n’avons pas de quoi manger ni nous loger. Si nous retournons à l’agence, nous risquons de perdre notre emploi. Merci de faire suivre ce courrier aux gens qui pourront nous venir en aide ». Voici le genre de message que reçoit l’ONG. Et tout cela sans compter les conditions de travail plus que dangereuses auxquelles sont soumis les ouvriers du fait de délais trop courts et peu ou pas de sécurité sur les chantiers. Depuis le début de la construction des stades pour le mondial, plus de 6 500 décès sont à déplorer, et le nombre serait encore plus élevé si les travailleurs venant des Philippines ou du Kenya par exemple étaient pris en compte.

L’organisation de la coupe du monde au Qatar est aussi un désastre écologique. Il suffit de voir que la compétition a été décalée en hiver 2022 afin d'éviter les 50 degrés estivaux du pays, pour comprendre la bêtise que représente un événement sportif en plein milieu du Moyen-Orient. Malgré une promesse floue de bilan carbone neutre faite par le ministre de l’Environnement du Qatar, la coupe du monde sera « profondément anti-écologique » selon Gilles Paché, professeur en science de gestion à l’université d’Aix-Marseille. Des systèmes de climatisation géants capables de baisser la température de 20 degrés ont été installés dans chacun des stades, dans un pays où la consommation de CO2 par personne atteint déjà 37 tonnes par ans, soit 7 fois plus que la moyenne française.

 

Le monde du football ne sourcille pas

 

Malgré les protestations de plus en plus forte de la part des supporters de football et du monde entier en général, les acteurs de cette Coupe du monde font la sourde oreille. Seul le Danemark, ayant pourtant hérité d’un tirage favorable pour les phases de groupe, a décidé d'élever la voix face au désastre que représente cette compétition. Le Parlement danois a choisi de débattre de la participation du pays si une pétition de fans atteignait les 50 000 signatures. De plus, les sponsors du pays ont accepté de ne plus être affichés sur les maillots danois pour laisser place à des messages politiques sur les droits de l’homme. Des décisions forte, mais isolées. Les grandes nations du football ne bougent pas et continuent tranquillement leur qualification à cette catastrophe politique, écologique et humanitaire.  

 

Attribution avec intérêt

 

La Coupe du monde 2022 au Qatar est loin d’être le fruit du hasard ou d’une décision purement sportive. Retour en 2010, lors des votes pour l'attribution des prochaines Coupe du monde. Michel Platini est alors président de l’UEFA. L’ancien international français, maintenant connu pour des affaires troubles lors de sa présidence, est main dans la main avec Sepp Blatter, président de la FIFA à l’époque. Ce duo, connu pour l’affaire de paiement déloyal Blatter-Platini, a la charge d’attribuer les prochaines Coupe du monde. Un événement essentiel pour un pays tel que le Qatar qui cherche alors à rayonner à l’international. Commence une campagne de « lobbying politique » comme le nomme Sepp Blatter, durant laquelle Platini est invité à déjeuner avec l’ancien Président Nicolas Sarkozy et le prince héritier Tamin bin Hamad al-Thani. Le lendemain, l’ancien joueur français annonce qu’il soutiendra le Qatar. Sur ce diner, le Parquet national financier ouvre une enquête préliminaire pour « corruption privée », « association de malfaiteurs » et « trafic d’influence et recel de trafic d’influence ». Mais les documents concernant ce repas sont archivés et non communicables avant 2038 ou 2063.

Cette prise de positon de la part de l’Élysée est préjudiciable aux autres candidats puisque le Qatar gagne le vote à quelques voix près. Un « Qatargate » selon France Football, qui souligne la méthode de ce pays du Moyen-Orient, à savoir celle d’utiliser le sport comme un moyen de rayonner à l’international sans dévoiler entièrement son image de pays bafouant les droits de l’homme.

 

C’est un système qui existe depuis des années maintenant au Qatar. L’objectif étant de se séparer du monopole du gaz, le Qatar tente de se diversifier pour préparer l’après-pétrole. Mais cette diversification cache aussi l’envie d'affermir son soft power et d’étendre son influence politique. Cela explique la Coupe du monde dans la péninsule en 2022, la candidature aux jeux olympiques de 2032 ou encore l’arrivée du Paris Saint Germain au plus haut niveau du football européen. Cette omniprésence se remarque surtout sous la forme de partenariat, de sponsoring et de médiatisation. On ne peut pas passer à côté du PSG, ou bien des maillots du FC Barcelone, du Bayern Munich ou de l’AS Roma arborant le logo Qatar Airways. Enfin, les droits télévisés représentent l’un des plus gros enjeux financiers dans le monde du sport, et c’est pourquoi le pays a lancé le groupe BeIn, maintenant leader dans le monde du football avec une couverture sur plus de 43 pays et plus de 20 sports. Années après années, la petite péninsule à peine plus grande que la gironde assoie sa domination sur le monde économique du football, une technique ingénieuse pour se sortir de la dépendance pétrolière, mais qui ne prend pas en compte les impacts humains et environnementaux.