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Crédits : Le Parisien

Afghanistan : la réalité de l’éducation sous le régime taliban

Par Fanette Markwitz

Le 24 décembre 2022, les talibans ont interdit la présence de femmes dans les ONG et leur ont également coupé l’accès aux universités. À leur retour en juillet 2021, ils avaient promis un régime plus souple que lors de leur premier passage au pouvoir.  Dans un pays où on compte le plus d’analphabètes au monde, qu’en est-il de la réalité de l’éducation sous le régime d’Hibatullah Akhundzada ?

Les talibans sont des fondamentalistes islamistes, ils se regroupent dans une organisation militaire, politique et religieuse. Il est couramment défini comme « Mouvement islamique des talibans ». Le groupe a été au pouvoir entre 1996 et 2001 et maintenant depuis août 2021. 

Ils ont encore, cette année, violé le droit international humanitaire et ont porté atteinte à de nombreux droits humains. Ce régime à complètement détruit ce qui avait été fait auparavant en faveur du droit des femmes et a réduit les droits à la liberté d’expression, mais également à l’éducation.

 

C’était comment avant ? 

 

Joe Biden confirme le retrait des Américains en Afghanistan le 1er mai 2021. Les talibans arrivent au pouvoir le 12 août 2021. À ce moment, les dirigeants talibans annoncent qu’il est nécessaire d’instaurer un « cadre d’apprentissage sûr » avant que les femmes et les filles ne puissent retourner dans un établissement scolaire.  En revanche, ils annoncent un régime « plus souple » et plus respectueux en matière de droits de l’homme que lors de leur premier passage au pouvoir en 1996 où ils avaient complètement restreint les droits des femmes en leur interdisant totalement l’éducation, en les confiant uniquement à l’espace familial et en leur imposant le port de la burqa en public. Pour se rendre compte de la vie de la vie du peuple Afghan sous ce régime : « Les Hirondelles de Kaboul » de Yasmina Khadra.

 

Après le renversement des Talibans, de 2001 à 2010 les inscriptions dans les écoles primaires sont passées de 1 à 7 millions. Celles des filles de 0% (sous les talibans) à 37% et le nombre de professeurs formés a été multiplié par 7.

 

La fausse « nouvelle génération » des talibans

 

Le groupe islamiste reprend le pouvoir le 15 août 2021. On assiste à un retrait final des troupes étrangères dirigées par les Etats-Unis, c’est la fin d’une guerre qui aura duré 20 ans. Le gouvernement du président Ashraf Ghani, qui était soutenu par l’occident (Etats-Unis, Royaume -Uni, France, Canada) s’effondre. 

 

Le 12 septembre, les femmes peuvent fréquenter les universités, or, un mur sépare les hommes et les femmes dans les salles de cours. Elles doivent avoir des professeurs femmes ou alors des hommes âgés. Le port du hijab est obligatoire. Une étudiante en sciences politiques avait confié à ce moment-là : « Avant, on était ensemble pour étudier, on était camarades, et là, ce rideau, ça met une pression horrible, mais on n’a pas le choix ». Le ministre taliban de l’enseignement supérieur, interrogé à l’époque par France 2, Abdul Bagl Hagani, avait expliqué que « c’est aux universités et aux professeurs de veiller au bon respect de notre décret, de la tenue islamique et du respect de la charia. Il faut que les filles comprennent que c’est pour leur bien ». À peine arrivés au pouvoir depuis 2 mois, les talibans se voient déjà imposer de plus en plus de règles aux femmes en matière d’éducation. 

 

Mais cette dynamique de contrôle ne s’arrête pas là. En mars 2022, on empêche les filles d’aller à l’école. Des écoles secondaires (des lycées) sont censées rouvrir, mais les talibans annulent la directive. Quelques mois après, les femmes se voient obligées de se couvrir entièrement, y compris le visage, on ne doit désormais plus voir que les yeux. Elles doivent rester chez elles, et ne peuvent pas voyager dans les villes sans être accompagnées d’un homme. On se rend compte alors que la « nouvelle génération » de talibans, qui avait promis la liberté et l’aide en matière d’éducation, n’était qu’un mirage. 

 

Des manifestations éclatent alors en août, les civils clament « pain, travail et liberté ». Les talibans battent des manifestants et tirs en l’air pour les disperser devant le Ministère de l’Éducation à Kaboul. Une vraie image ici, qui signifie clairement que l’éducation ne sera en aucun cas, la priorité des talibans, voir, qu’ils sont responsables de sa destruction. Et plus les mois avancent, plus le peuple se voit supprimer ses libertés : on interdit aux femmes de se balader dans les parcs, dans les gymnases et les bains publics. 

 

Et puis en décembre, les talibans procèdent à leurs premières exécutions en public depuis leur retour au pouvoir. Plus de 1000 personnes voient la mise à mort de 27 Afghans (dont des femmes) à Charikar dans la province centrale de Parwan. Le pays connaît de plus en plus de mises à mort en public depuis ça. Et les femmes, elles, connaissent la mise à mort d’un de leurs droits fondamentaux : l’éducation. Elles sont désormais interdites d’entrer dans les universités. Un communiqué laconique du ministre de l’enseignement supérieur est diffusé « suspendant l’éducation des femmes jusqu’à nouvel ordre ». Des gardes armés empêchent des centaines de jeunes femmes d’entrer dans les campus universitaires le 21 décembre.

L’aide de l’occident devenue presque impossible

L’UNESCO condamne et évoque une atteinte profonde à la dignité humaine et au droit fondamental à l’éducation. Un pays ne peut pas progresser lorsque la moitié de sa population n’est pas autorisée à continuer ses études et à participer à la vie publique. Ils expliquent : « Le déni de l’accès à l’éducation viole les droits fondamentaux des femmes et des filles et les expose davantage à la violence, à la pauvreté et à l’exploitation ». On ne peut pas réellement faire de suppositions à leurs places mais interdire le droit à l’éducation des femmes c’est les couper de tout savoir, les priver d’armes pour se défendre et donc pouvoir mieux les contrôler. On assiste à une tentative d’effacer les femmes et les filles de la vie des Afghans. Wahida Wahid Durani, ancienne étudiante en journalisme à l’université de Herat a déclaré sur France 24 : « Les filles afghanes sont un peuple mort, elles pleurent du sang. Ils utilisent toute leur force contre nous. J’ai peur que bientôt, ils annoncent que les femmes n’ont plus le droit de respirer ».

 

Maintenant, elles se retrouvent pour continuer leurs études par elles-mêmes dans des bibliothèques (mais toujours cachées). Comme dit Etienne Gille, co-fondateur de AFRANE (association franco-afghane) et auteur de « 80 mots d’Afghanistan » : « Il y a une situation paradoxale, les gens sont très découragés, déprimés, sans ressources. Mais beaucoup de jeunes filles veulent étudier et l’interdiction devient presque une motivation supplémentaire ». Les associations occidentales se retrouvent forcément contraintes de devoir se retirer du pays. En effet, continuer les actions légalement signifie signer des accords avec les Talibans. Et pour la plupart, il est hors de question de reconnaître officiellement le statut de talibans. De plus, les associations ne peuvent plus vraiment envoyer d’expatriés en Afghanistan. Il reste toujours beaucoup d’obscurité au sein du pays, les attentats ne sont plus faits par les talibans, mais par Daech et d’autres groupes dissidents, ce qui pose problème concernant la sécurité. 

 

Avant l’interdiction de décembre 2022, les associations continuaient de procéder à des distributions alimentaires : « ce qui est une aide indirecte à l’éducation » selon Etienne Gille. En effet, depuis que cette interdiction totale d’éducation aux femmes a été proclamée, et que de nombreuses condamnations de l’UNESCO tombent, il ne sera plus vraiment possible pour les associations d’aider.

Crédits :Gail Borgia

Non, le bolsonarisme n’est pas un phénomène passager

Jusqu’au bout, on aura retenu notre souffle. Dimanche 30 octobre, vers 20h (heure brésilienne), les résultats tombent enfin. Le candidat de gauche Luiz Inácio Lula da Silva (PT) remporte l’élection face au président sortant d’extrême-droite Jair Bolsanaro. Une victoire de justesse qui montre l’ancrage profond du bolsonarisme dans un Brésil polarisé.

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Publié le 16/11/2022 • Johanna Beeckman 

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