bcb2ebb076f084c58eb569fce911220a.jpeg

Affaire PPDA - Un rapport qui fait froid dans le dos :
"Tout le monde savait"

Par Fanette Markwitz

À la suite du mouvement #MeToo, Libération a sorti un dossier glaçant rassemblant les nombreux témoignages des victimes de Patrick Poivre D’Arvor. Un nouveau tremplin dans la lutte contre le harcèlement des femmes dans les rédactions.

Patrick Poivre d’Arvor, c’est le nom qui retentit dans la presse française ces dernières semaines. En effet, l’ancien présentateur du journal de TF1 fait parler de lui. Mais certainement pas pour de bonnes raisons. Octobre 2017, le mouvement #MeToo, nait suite à l’a ff aire Harvey Weinstein, producteur Hollywoodien. Le mouvement social qui en découle encourage les femmes à prendre la parole pour révéler au grand jour les agressions sexuelles dont elles sont les victimes. Huit femmes se sont exprimées ; le journaliste est clairement accusé de harcèlement, d’agressions sexuelles et de viols.

 

Retour en arrière, en Février dernier. Plusieurs femmes ont accusé le journaliste d’agressions sexuelles. Sur une période de plus de vingt ans, vingt deux femmes ont témoigné auprès de la police. Le dossier est classé le 24 juin et la justice n’aurait eu connaissance des faits qu’après le délai légal à partir duquel aucune poursuite ne pouvait être engagée. Le site du service public français définit ainsi le délai de prescription : une période qui lorsqu’elle est dépassée, entraine la non possibilité de traiter une plainte et donc d’être jugé par un tribunal. Pour un crime le délai est environ de 20 ans, 30 pour les crimes considérés « graves » comme le terrorisme, le traffic de stupéfiants en bande organisée ou les crimes de guerre. Dans le dossier « Poivre d’Arvor », le parquet de Nanterre a classé le dossier pour « prescription » ou « insuffisance de preuves ».

 

Un retour inattendu : le dossier libération contre PPDA

 

Mais le 10 novembre 2021, le journal publie de nouveaux témoignages accablants. Les journalistes ont alors accès au dossier d’enquête et au rapport écrit de la police, ce qui est inédit car d’habitude interdit. Dans celui-ci on trouve de nombreux témoignages convergents quant aux actes récurrents commis par Patrick Poivre d’Arvor. Le policier ayant en charge le rapport qualifie ainsi le journaliste : « un prédateur sexuel abusant de sa notoriété et usant d’un mode opératoire similaire dans l’approche de ses victimes et dans les brutalité de ses actes, commis sans la moindre tentative de séduction, ni la moindre considération envers les femmes qui oseraient refuser ses avances ». Le tableau est clair, net et précis voir est accablant.

 

Malgré un dossier des plus glaçants publié dans le journal Libération, avec des témoignages choquants, l’Homme reste protégé. Helene Devynck, scénariste, assure que PPDA l’a violée durant un diner chez lui. Tout comme Cécile Thimoreau qui cite ses paroles : « S’il te plait, j’en ai besoin ». Des diners à son domicile, passant par des sms beaucoup trop crus et déplacés, jusqu’aux agressions sur le lieu de travail, C’est toujours le même besoin quasi mécanique de commettre une agression sexuelle qui apparaît dans chaque témoignage. Une question se pose et se fait même désormais de plus en plus pressante : qui savait ? 

« Tout le monde savait »

 

En mars 2021, il porte plainte contre Florence Porcel, journaliste, pour fausse accusation de viol. Il réitère en juin et apparait également sur le plateau de TF1: « Tout ceci, uniquement de l’anonymat, toujours de l’anonymat. Jamais une personne qui ose venir, les yeux dans les yeux, me dire "non ce n’était pas bien" ». Il n’hésite pas à accuser alors les victimes de ne pas « assumer » leurs déclarations.

 

Jean-Pierre Pernaud, sur le plateau de Europe 1, déclare sur le ton de la moquerie : « Je sais que PPDA était un homme un peu lourd avec les nanas ». Il confirme également ne pas du tout avoir été au courant des comportements déplacés de Patrick Poivre d’Arvor.

 

L’animateur revient tout de même sur un fait très important. Les femmes avaient déclaré : « tout le monde savait, tout l’immeuble de TF1 savait ». Le problème est posé. Apparemment, tout le monde savait ; personne n’a rien dit. Et ils continuent tous, de nier. Quel est alors le but ? Protéger PPDA quoi qu’il arrive ? Comme s’il bénéficiait d’une impunité totale dans sa rédaction.

 

C’est donc ça la question que tout le monde se pose, celle qui dérange et doit déranger le plus. Qui savait ? Cette affaire n’est malheureusement pas un cas isolé. On trouve de plus en plus de grosses affaires d’agressions et d’harcèlement sexuel dans le milieu journalistique et politique. Des affaires passées sous silence ; des noms connus émergent. On découvre un monde d’injustice, de violence et de crime.

 

Et récemment, c’est Nicolas Hulot, ancien candidat écologiste aux présidentielles et ancien ministre, qui est accusé d’agressions sexuelles. C’est Envoyé Spécial désormais qui recueille le témoignage de cinq femmes, ce 25 novembre. Il est en l’occurence question de gestes déplacés, comportements inappropriés, d’agressions sexuelles, et même, d’un viol. Ces femmes décrivent un homme puissant, sans limites avec les femmes. L’une d’entre elles étaient même mineure. Il lui aurait demandé : « Est- ce que vous en avez rêvé, de ce qui est en train de se passer ? ». La liste des témoignages est très longue. 

Nicolas Hulot a en effet reproché à Envoyé Spécial de ne pas avoir fourni suffisamment d’éléments précisant même sur sur BFM TV : « Ces affirmations sont mensongères ! ». Encore une fois, l’accusé crie à la calomnie. C’est l’habituel moyen de défense. Il accuse les journalistes de « transformer la présomption d’innocence en présomption de culpabilité » et ajoute : « On ne me foutra jamais la paix ». L’animateur continue de se défendre de toute relation ambiguë et dénonce le mensonge des victimes.

 

La défense des accusés : un mécanisme universel

 

Ce n’est certainement pas la première fois qu’on entend des femmes s’exprimer à propos d’harcèlement. Le sujet a été remis sur la table maintes et maintes fois.

 

Marie Portolano, qui avait rejoint le Canal football Club en 2014 est à l’origine du documentaire Je ne suis pas une salope, je suis journaliste. Les faits exposés dans ce documentaire ne se basent pas uniquement sur son cas personnel. Elle est allée à l’encontre des femmes journalistes, plus particulièrement dans le milieu sportif. Elle recueille alors de nombreux témoignages de femmes ayant subi le harcèlement ou des attouchements de la part des hommes dans les rédactions. Glaçant. Jamais un documentaire n’avait recueilli autant de témoignages sur ce sujet. On y voit même Pierre Menès, le célèbre journaliste sportif, à l’oeuvre, dans une scène finalement coupée au montage ; la rédaction aurait alors fait le choix de le protéger.

 

Le documentaire se finit sur ces mots durs de la journaliste : « J’espère avoir contribué à libérer la parole ; le combat sera gagné quand il sera devenu inutile d’en faire un film ». En attendant, la protection par des rédactions complaisantes des plus puissants perdure. Ce « mécanisme universel » a la peau dure. On parle de syndrome de l’imposture qui collerait au basket des femmes. Il est donc toujours utile de rappeler que ce sont les hommes qui sont les harceleurs, les agresseurs.

 

Selon France Inter, « la colère fait surgir des moyens de se battre ». Se battre pour ne plus jamais entendre : « J’ai regardé les nouvelles stagiaires, y’a rien à se mettre sous la dent »...